Vocal chante le destin commun

Espérance, fillette européenne, rencontre Pah Gu Yéii (“vieux morceau de Soleil” en nengone), grand-père kanak assis sous un banian. Il lui explique qu’à travers le chant polyphonique l’on peut entendre l’histoire du pays, et lui suggère d’en remonter le cours, au gré des migrations qu’a connues le pays. Ainsi commence « La rencontre des Mondes », le dernier spectacle du groupe Vocal, un projet de dimension pays, soutenu par le gouvernement.

Le spectacle itinérant a débuté samedi dernier à Thio.

Le spectacle itinérant a débuté samedi dernier à Thio.

« Ce projet émanant d’une chorale à la grande richesse multiculturelle m’a immédiatement séduite, indique Déwé Gorodey, membre du gouvernement en charge de la culture. Parce qu’il prouve que par le chant et par la langue qui véhicule la pensée et la philosophie de chaque communauté, on peut avancer ensemble vers l’avenir commun de ce pays. La musique est universelle et permet cette communion ».
Le déclic de ce voyage initiatique s’est produit en 2013 à Maré durant l’interprétation du chant « Nengone », lors de la tournée « Disney ciné-concert » du groupe Vocal. Deux ans plus tard, le chœur propose un spectacle composé d’une vingtaine de chants donnés en dix-sept langues. Huit des aires vernaculaires kanak, huit autres issues des migrants qui ont successivement peuplé la Calédonie – français (des transportés et des Broussards), indonésien, vietnamien, japonais, tahitien, wallisien, arabe, anglais (chant des cap-horniers) – et latin (des missionnaires). Ces chants, pour la plupart offerts à la chorale par des responsables coutumiers et des représentants des différentes communautés du Caillou, sont présentés en version traditionnelle puis arrangés, souvent avec beaucoup de talent, par les deux chefs de chœur Tommy Mana et Edwige Kaysen.

« La Monique », chant emblématique

Quarante ans après Mélanésia 2000, c’est l’envie de mettre à l’honneur les chants entrés dans le patrimoine commun qui a inspiré un groupe né en 2007 et composé de 33 choristes amateurs. Confirmation de Pascale Doniguian, pupitre des soprani : « La rencontre des Mondes, c’est l’histoire de la découverte des chemins qui mènent aux autres, dans une quête patiente et respectueuse de leur patrimoine. C’est l’exploration, la compréhension et la révélation de cultures, de langues et d’histoires qui font notre histoire commune ». Co-auteur du spectacle, avec Pascale, le ténor Pierre Welepa insiste de son côté sur le viatique que constitue le chant polyphonique grâce auquel « il a été possible d’ouvrir un dialogue ».
Début juillet, à l’occasion du Festival du cinéma de La Foa, Vocal se voyait décerner le prix du public de NC 1ère pour le clip La Monique en chœur, consacré au mystérieux naufrage du caboteur entre Tadine et Nouméa en 1953. Ce chant magnifique, en nengone, figure au programme de La rencontre des Mondes. Il avait été offert au groupe par Nidoïsh Naisseline. Vocal l’a interprété, avec une immense émotion, lors des adieux au grand chef de Guahma. Un dernier hommage qui a fait de La Monique le chant emblématique de cette belle Rencontre des Mondes.

La Monique en choeur

Un spectacle vivant

Pour mener à bien ce projet chronophage et très exigeant en matière d’engagement personnel et de mémorisation, le groupe s’est entouré d’artistes et professionnels confirmés. Le chorégraphe Richard Digoué, directeur artistique du spectacle, les musiciens Nicolas Hoarau, batteur-percussionniste, et Jérôme Lemarchand, violoncelliste et contrebassiste, la vidéaste Marie Lee, les danseuses Tess Kerouredan, Marie-Thérèse Siwene et Houy-Sy Thao, le comédien Benoît Nyikeïne, l’acteur et conteur Sylvain Lorgnier ou encore les ingénieurs son et lumière Stéphane Lozano et Laurent Lange. Outre le gouvernement qui a versé une subvention de 500 000 F, de nombreuses collectivités (les trois provinces, la Mission aux affaires culturelles de l’État, les villes de Nouméa et Maré), partenaires culturels, sociaux et éducatifs, mécènes et sponsors se sont associés à l’ambitieuse aventure. Le spectacle d’1 h 50, qui sera diffusé en avril prochain sur NC1ère, partenaire officiel de l’opération, fait également l’objet d’un CD 10 titres, enregistré en septembre au Conservatoire, et d’un documentaire de 26 mn Les raisons du chœur.
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Sur l’agenda

La rencontre des Mondes se décline en quatre tableaux : Nouvelle-Calédonie terre ancestrale, terre marine, terre de souffrances et terre de rêves. Après un premier concert donné samedi dernier à Thio, elle sera proposée les samedis 3 octobre à 20 h à l’auditorium de Koné, 17 octobre à 19 h au temple de Nécé (Maré), 24 octobre à 16 h salle Éloi Machoro à Canala, avant de s’arrêter pour quatre représentations (plus une destinée aux scolaires) du jeudi 29 octobre au dimanche 1er novembre à 19 h dans la salle Sisia du centre culturel Tjibaou qui, depuis le début de l’année, a accueilli le groupe Vocal en résidence.
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