La Calédonie au feu rouge

Responsabilité, vigilance et prévention étaient les trois mots clés de la conférence de presse qui a suivi ce matin une réunion d’urgence entre toutes les forces impliquées dans la lutte contre les incendies : gouvernement, Sécurité civile, haut-commissariat, pompiers, gendarmerie, armée, parquet… Par ailleurs, la Nouvelle-Calédonie a décidé de se constituer partie civile dans le cadre du dramatique incendie de Voh. Une plainte contre X a été déposée.

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© Martial Dosdane / province Sud

Une fois de plus, Philippe Germain en a appelé à l’extrême vigilance et au civisme de la population et à la nécessité de respecter l’ensemble des interdictions. « Il est interdit de faire du feu sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie, de procéder à l’écobuage, de jeter les mégots de cigarettes n’importe où, de faire des feux de camping », a-t-il martelé.

Protéger son habitation en nettoyant les alentours, ne pas hésiter à sensibiliser les personnes qui adoptent des conduites à risques, prévenir les forces de gendarmerie ou de police ou appeler le 18 au moindre départ de feu, le président du gouvernement a lancé quelques consignes citoyennes, expliquant que chacun était « responsable de sa maison, de son quartier, de sa tribu, de son environnement ». « De nombreux incendies peuvent être évités, ils ne sont pas une fatalité mais presque toujours d’origine humaine (inadvertance, malveillance, jeux…) », a-t-il précisé.

Le président reconnaît le caractère contraignant de ces interdictions, surtout pour les communes, car elles les obligent à prendre des mesures interdisant l’accès aux massifs forestiers. « Mais plus les risques sont élevés, plus les interdictions sont nombreuses », a-t-il ajouté, indiquant que les incendies, s’ils portent atteinte aux personnes et mettent en danger la vie des sauveteurs, détruisent également notre biodiversité, avec un coût écologique important.

Dissuasion et sanctions

Alexis Bouroz, nouveau procureur de la République, a ensuite évoqué le volet des sanctions. À quoi s’expose tout contrevenant aux interdictions ? « Les enjeux de la lutte contre les  incendies sont colossaux, et les risques pour les auteurs tout aussi colossaux », a-t-il prévenu en préambule. Sur le plan de la responsabilité civile, que l’incendie soit volontaire ou pas, la personne responsable peut être condamnée à payer les dégâts, voire le coût des moyens engagés par la collectivité. Pour les mineurs, la responsabilité en incombe aux parents qui devront s’acquitter des dommages et intérêts. En matière de responsabilité pénale, un incendie volontaire est passible de dix ans de prison. Quinze ans si une personne est blessée, voire une peine pouvant aller jusqu’à la perpétuité en cas de décès.

Voilà pour l’arsenal répressif. Mais rien ne remplacera jamais la prévention. « Nous allons lancer dès demain une campagne de presse pour sensibiliser un peu plus les Calédoniens », a annoncé Philippe Germain.

Météo préoccupante

Autre question évoquée devant la presse : comment la Nouvelle-Calédonie, qui assure la compétence Sécurité civile pour la deuxième année, peut-elle améliorer la situation pour le reste de la saison administrative des feux de forêt et pour les suivantes ? Directeur de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR), Éric Backès propose quelques pistes : « Trouver des solutions pour renforcer les moyens dont disposent les communes, réactiver le réseau des guetteurs pour prévenir tout départ de feu, mobiliser les stagiaires du RSMA, en particulier pour soutenir les communes du Nord… » Rappelons qu’une nouvelle convention liant le gouvernement au RSMA permet de faciliter l’intégration des jeunes stagiaires issus du Service militaire adapté dans l’unité d’intervention de la DSCGR comme sapeurs-pompiers volontaires.

En attendant, place au court terme : les prévisions météo ne vont pas s’améliorer la semaine prochaine, avec des vents soutenus, une sécheresse qui, en cet épisode El Niño, devrait durablement s’installer sur la côte Ouest, malgré un peu de pluie dans le Sud. La plupart des communes sont donc placées en risque très élevé ou extrême.

Facteur aggravant, le début de deux semaines de vacances. « Il a été observé que les départs de feux étaient plus nombreux lorsque les établissements scolaires étaient fermés », a rapporté Philippe Germain. Rien de bien réjouissant.

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Les premiers chiffres

Le bilan des incendies de Voh (secteur de Foachamboué
) est très lourd. Deux personnes décédées, 105 hectares brûlés, 177 pompiers mobilisés en six jours de lutte contre les flammes, une vingtaine d’habitations évacuées préventivement. Et un coût de 10 millions de francs pour la collectivité.

Depuis le 15 septembre, début de la saison administrative des feux de forêts qui dure trois mois, on recense déjà 161 départs de feux, pour un peu plus de 1 600 hectares brûlés (dont 75 % en province Nord), soit, en un seul mois, 57 % de la surface partie en fumée du 15 septembre au 15 décembre 2014 (2 800 ha).

Sur les 33 communes calédoniennes, seules 14 ont pris un arrêté d’interdiction des feux à usage non domestique, et 3 seulement un arrêté d’interdiction aux massifs sensibles et de fermeture des pistes (Lifou, Ile des Pins et Sarraméa).

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© Martial Dosdane / province Sud

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