Santal, l’or rouge calédonien

bois

Préserver la ressource et privilégier la valorisation locale sont les raisons qui ont conduit le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie à ratifier récemment l’interdiction absolue de l’exportation de bois de santal brut, mort ou vert.

Le santal est une ressource très prisée en parfumerie. L’Inde a longtemps été le principal fournisseur de la matière première. Seulement, faute de reboisement, le pays a quasiment épuisé sa ressource. Les acheteurs internationaux se sont alors progressivement tournés vers le santal calédonien dont la teneur en molécule renfermant la précieuse senteur est équivalente à celle du bois indien. David Point, co-gérant de la société HEP qui commercialise les huiles essentielles distillées par la société Weda, avance une explication : « À l’Île des Pins, ce serait dû à la qualité du sol, mais c’est aussi grâce à l’essence calédonienne. L’arbre pousse très lentement, trente ans en moyenne. À maturité, le cœur du bois de santal est extrêmement riche ». Un cœur rouge, imbibé d’huiles odorantes.
Par un arrêté adopté le 8 décembre, le gouvernement a pris des mesures drastiques pour protéger cette richesse du pillage. Objectif, pérenniser l’activité économique de la filière santal qui commerce avec des marques de renom.

Conserver la ressource économique

Au-delà de la qualité du bois brut, c’est la pureté des produits issus des distilleries locales qui fait la renommée du santal calédonien. Les huiles essentielles de la distillerie Weda à l’Île des Pins et l’essence de santal de la distillerie Serei No Nengone (SNN) à Maré sont par exemple très prisées du marché de la parfumerie de luxe. Les producteurs approuvent l’interdiction d’exportation de la matière première. « L’Inde n’a pas su gérer sa ressource. Nos clients cherchent un approvisionnement pérenne. Il fallait montrer un signe politique fort comme celui-ci pour soutenir la filière », souligne Jean Waikedre, directeur de SNN. « La richesse calédonienne ne sera pas exportée au prix du bois brut avant distillation. Celle-ci ne sera pas effectuée à l’étranger, mais sur le sol calédonien », ajoute David Point.

Exploitation durable

En plus des quotas de coupe définis par arrêtés provinciaux, la réglementation impose un reboisement afin de compenser l’exploitation du santal. La distillerie SNN replante trente arbres pour un arbre coupé à Maré et dans certaines tribus de Lifou. Dix fois plus que ce qu’impose la législation provinciale. À l’Île des Pins, cette mission a été confiée à la société d’économie mixte Sud Forêt. Le souci de développer la matière première de manière durable est un argument qui a aussi convaincu les clients internationaux.

Valorisation maximale

Les drêches de santal sont les résidus de bois de santal brut après extraction des essences. Ces dernières sont généralement exportées vers Taïwan pour être utilisées dans la fabrication de bâtonnets d’encens. Désormais, un arrêté du gouvernement adopté lui aussi le 8 décembre impose de joindre à l’autorisation administrative d’exportation (AAE), délivrée par le Service d’inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire (SIVAP), des tests effectués en laboratoire permettant de vérifier que la ressource a été valorisée localement au maximum.

huiles
La distillerie Weda à l’Île des Pins utilise le procédé traditionnel d’hydro-distillation.
distillerie
La distillerie SNN à Maré a recours à deux procédés de distillation, l’hydro-distillation et la lixiviation ou distillation à froid, afin d’extraire l’essence de santal. La société possède ses propres pépinières.

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