La Calédonie à l’épreuve des feux

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770 feux recensés, 9 700 hectares brûlés, 2 personnes tuées, 350 heures de vol effectuées par les hélicoptères bombardiers d’eau… Le bilan de la saison administrative des feux de forêts 2015 est particulièrement lourd.

Trop lourd. Trop cher. Le bilan des trois mois de la saison administrative des feux de forêts (SAFF) 2015 a du mal à passer. 770 feux enregistrés ; 9 700 hectares brûlés (près de 100 km2 également répartis entre les deux provinces), soit une moyenne de 12,6 ha par incendie ; 350 heures de vol effectuées par quatre hélicoptères bombardiers d’eau (HBE), ce qui représente 3 221 largages et 4,75 millions de litres d’eau !
« Cette saison, d’une rare intensité, a été la plus destructrice depuis 2011, probablement l’une des plus virulentes des dix dernières années », déplore Éric Backès, directeur de la Sécurité civile. Au total, le dispositif Orsec de niveau 2, déclenché lorsque la menace ne peut plus être gérée par la commune et que le président du gouvernement prend la tête des opérations, via la direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR), a été activé à six reprises.

Des incendies souvent d’origine humaine

Au cours d’un long épisode de vents violents et de sécheresse chronique favorisée par El Niño, au moins cinq feux auront marqué les esprits. Foachamboué (Voh) en octobre ; Ouaté (Koné) – pas moins de 1 200 ha consumés durant 13 jours ! –, Kodjeu (Île des Pins), La Tamoa (Païta) – 870 ha calcinés – en novembre ; et la baie Ué (Mont-Dore) en décembre. Un véritable désastre écologique.
À titre comparatif, 271 feux “seulement” avaient été recensés au cours de la saison 2014, pour 2 885 hectares partis en fumée, alors que les HBE, engagés à 95 reprises, avaient effectué un total de 2 039 largages.
Le bilan humain est lui aussi très lourd : des sapeurs-pompiers exténués, parfois légèrement blessés, mais surtout l’équipage d’un HBE tombé au combat dans la mangrove lors des incendies de Voh. Deux sauveteurs probablement sacrifiés sur l’autel d’un écobuage mal maîtrisé, d’un geste d’incivilité signé par un jeune ayant voulu jouer avec le feu, voire du comportement criminel d’un pyromane adulte et conscient.

Une saison à 200 millions

Sur le plan financier également, les chiffres ont de quoi agacer, en ces temps de budgets contraints : les rotations des HBE auront coûté 160 millions de francs aux collectivités. Auxquels il faut ajouter 20 millions consacrés au financement des vacations des volontaires de la DSCGR, 10 millions pour l’acquisition ou le renouvellement de matériel, et 10 autres dédiés à la formation de 30 sapeurs-pompiers (communaux et DSCGR). Soit trois mois à 200 millions de francs (environ 20 000 F l’hectare parti en fumée), sans même compter les dépenses engagées par les communes pour l’intervention de leurs pompiers et les coûts liés aux futures opérations de reforestation.

Six camions d’intervention en 2016

« Pour 2016, le plan d’action consiste à reconduire globalement le dispositif 2015 en l’améliorant », indique Éric Backès. Parmi les mesures les plus spectaculaires, « l’acquisition de six camions (contre un seul aujourd’hui !) qui permettra de développer la capacité d’intervention au sol de la DSCGR ainsi que son maillage territorial ». Le reste concerne le volet humain, l’accent mis sur la formation, le renfort de saisonniers durant la SAFF, ou encore l’intégration, en qualité de sapeurs-pompiers volontaires, de jeunes issus du RSMA et du bac pro « sécurité ».

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Un dispositif en partie financé par l’Apican

La SAFF s’étend du 15 septembre au 15 décembre. Depuis 2014, la Nouvelle-Calédonie assume le dispositif de prévention et de lutte contre les feux de forêt, au bénéfice des communes. Il comprend l’activation 7j/7 d’une cellule dédiée à la collecte de l’information et à la coordination des moyens de lutte, le pré-positionnement de ces moyens en fonction du niveau de vigilance, et la prise en charge des moyens aériens de lutte. Ce dispositif est financé en grande partie par une dotation de l’Agence pour la prévention et l’indemnisation des calamités agricoles et naturelles (Apican), les incendies, comme les cyclones, les inondations ou les séismes, relevant des calamités dites naturelles. En 2016, la dotation sera reconduite au même niveau qu’en 2015, soit un montant de 240 millions de francs.

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