Le virus Nipah sous haute surveillance

Christian Desoutter, directeur des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales et le Dr vétérinaire Debbie Eagles de l’Australian Animal Health Laboratory.
Christian Desoutter, directeur des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales et le Dr vétérinaire Debbie Eagles de l’Australian Animal Health Laboratory.

 

Un an après la découverte fortuite de l’expression du virus Nipah chez les roussettes du parc Zoologique et forestier (PZF), les premiers résultats de l’enquête épidémiologique sont livrés.

 

Appuyée par l’Australian Animal Health Laboratory (laboratoire de santé animale australien), la direction des Affaires vétérinaires, alimentaires et rurales de la Nouvelle-Calédonie (DAVAR) a présenté aujourd’hui les conclusions des analyses menées depuis mai 2015. « Trois-cent trois échantillons sanguins de porcs, prélevés sur des spécimens sauvages et d’élevage, ont été analysés et se sont avérés négatifs, détaille Christian Desoutter, directeur de la DAVAR. En parallèle, soixante-dix-sept échantillons prélevés sur des roussettes – du PZF, sauvages et domestiques, représentant trois espèces différentes – ont également été étudiés. Ces analyses ont montré la présence d’anticorps caractéristiques du Nipah virus, ou à un virus similaire que nous nommerons Nipah-like, mais pas au virus Hendra. À savoir que les virus Hendra et Nipah appartiennent au groupe des Henipavirus, pathogènes pour l’homme. »

Un virus à identifier

Toutes ces analyses ont été conduites par l’Australian Animal Health Laboratory, laboratoire de haute sécurité du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation et laboratoire de référence pour les Henipavirus pour l’Organisation mondiale de la santé animale, sous la houlette de Debbie Eagles, docteur vétérinaire spécialiste des Henipavirus et responsable de la section diagnostic. « L’étape suivante sera d’isoler ce virus pour confirmer son identité et définir sa pathogénicité, explique-t-elle. Mais cela pourrait être long, prévient-elle, en raison de la complexité technique de l’opération, des difficultés liées à l’obtention de prélèvements du fait du statut d’animal protégé de la roussette, et des démarches nécessaires en Nouvelle-Calédonie pour l’exportation des échantillons, puis en Australie pour leur importation. »

Principe de précaution

Présents dans la zone Asie-pacifique, les Henipavirus restent peu connus des scientifiques et seuls quelques rares cas de transmission à l’homme, par l’intermédiaire d’un porc ou d’un cheval contaminé par une roussette, ont été recensés.
En attendant d’en savoir plus sur ces virus qui concentrent l’attention des chercheurs de plusieurs laboratoires de haute sécurité dans le monde, quelques précautions sont à prendre : « Ne pas consommer les fruits tombés au pied des arbres et porter des gants épais en cas de contact avec une roussette, car la contamination s’opère par contact avec les fluides corporels de l’animal – urine, sang, salive, etc. La consommation de viande de roussette ne présente donc aucun risque connu », précise la DAVAR.

Les analyses ont montré la circulation d’un virus Nipah-like chez 25 à 35 % des roussettes.

 

Renforcer la coopération régionale

Le service des laboratoires officiels vétérinaires, agroalimentaires et phytosanitaires de la Nouvelle-Calédonie (LNC) est le laboratoire officiel de la Nouvelle-Calédonie, géré par la DAVAR. Il est chargé de la réalisation des missions de diagnostics, d’analyses et d’études dans les domaines vétérinaire, agroalimentaire, phytosanitaire et de l’eau. Dans le cadre de ses missions, il est amené à collaborer avec des laboratoires de haut niveau de biosécurité de la région. « Le développement de liens de coopération, avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande en particulier, font partie de nos projets, souligne le directeur de la DAVAR. Cet axe s’inscrit par ailleurs dans la perspective de la livraison du nouveau bâtiment du LNC à Païta, fin 2017. »

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