Le rééquilibrage, un combat permanent

Près de 250 personnes avaient pris place dans le grand amphi de l'UNC, pour un colloque très attendu.
Près de 250 personnes avaient pris place dans le grand amphi de l’UNC, pour un colloque très attendu.

 

La répartition des emplois entre les populations, dans le privé et le public, reflète-t-elle la société calédonienne ? Dans le cas contraire, comment réduire les inégalités ? C’est à ces questions que le colloque « Rééquilibrage dans l’emploi », organisé à l’université ce vendredi 19 août à l’initiative du gouvernement, a tenté d’apporter des réponses.

 

Beaucoup de monde ce vendredi matin dans le Grand amphithéâtre de l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Comme l’ont souhaité les partenaires sociaux, le colloque « Rééquilibrage dans l’emploi » vise à objectiver le débat sur le rééquilibrage et à disposer d’une analyse scientifique sur cette question. Raison pour laquelle le gouvernement a confié au Laboratoire de recherche juridique et économique (LARJE) de l’UNC le soin d’en définir le cadrage et le contenu.

Lors de la conférence sociale de novembre 2014, le Conseil du dialogue social (CDS) avait demandé au gouvernement qu’une réflexion soit menée sur cette problématique, et plus particulièrement sur l’accès des Kanak aux postes à responsabilité.

« La Nouvelle-Calédonie a connu jusqu’à la moitié du siècle dernier une organisation du travail basée sur des considérations ethniques et dans laquelle les droits sociaux des populations kanak étaient très limités, a rappelé en préambule Philippe Germain. Il a fallu attendre 1956 pour que les lois sociales soient définitivement identiques entre les communautés et que les emplois salariés de la fonction publique soient ouverts aux Kanak. »

Déséquilibre quantitatif et qualitatif

Malgré des « progrès considérables » depuis les Accords de Matignon, notamment dans le rééquilibrage entre Nord et Sud, le retard n’a jamais été rattrapé et aujourd’hui persiste un déséquilibre dans l’emploi. À la fois quantitatif – avec en 2014 un taux d’emploi de 49 % dans la communauté kanak contre 71 % pour les autres populations – et qualitatif, les Kanak occupant le plus souvent des postes peu qualifiés.

« Cette politique de rééquilibrage suscite des attentes, des espoirs, mais aussi des craintes quand on aborde la problématique sous l’angle ethnique », a poursuivi le président du gouvernement qui promet d’être « attentif aux études et conclusions produites à l’occasion de cette journée ». « […] Ce colloque était attendu, a confirmé dans l’après-midi Jean-Louis d’Anglebermes, vice-président du gouvernement, en charge du travail, de l’emploi, du dialogue social et de la formation professionnelle. Le rééquilibrage est un combat permanent. L’ensemble des dispositifs mis en place a permis une forte baisse des inégalités dans l’accès aux diplômes de 1989 à 2009, mais depuis on constate une stagnation chez les 20-30 ans. Il faut approfondir les raisons de cet effet de seuil et trouver les moyens d’y remédier. Mais réduire les inégalités, c’est aussi favoriser la réussite scolaire, l’un des objectifs de notre projet éducatif ».

Salariat précaire et postes peu qualifiés

« En termes de salariat, note par ailleurs le vice-président, les inégalités ont diminué, mais le monde kanak bénéficie d’un salariat souvent précaire ; et plus on monte en qualification et plus les inégalités sont importantes. Les Kanak restent sous-représentés dans les emplois intermédiaires et supérieurs. Il faudra, en concertation avec les provinces, cibler les actions pour améliorer la situation et se donner des objectifs chiffrés […] ».

Philippe Germain et Jean-Louis d’Anglebermes, en ouverture du colloque.
Philippe Germain et Jean-Louis d’Anglebermes, en ouverture du colloque.

 

Extraits…

Catherine Ris, directrice du Laboratoire de recherche juridique et économique de l’UNC : « […] Quand mesurera-t-on la discrimination ? Elle l’a déjà été dans l’accès au logement, mais pas dans celui à l’emploi. Pour cela, il faudrait doter les chercheurs de moyens supplémentaires ! […] ».

André Forest, co-président du Conseil du dialogue social : « […] Le mot rééquilibrage, longtemps galvaudé, était victime de préjugés qui ont parfois fait déraper le débat sur des notions de communautarisme. Ce colloque a contribué à s’approprier cette thématique, il va marquer l’histoire de notre pays, mais ce n’est qu’une étape […] ».

Etienne Court (SLN) : « […] On intègre de plus en plus de Kanak, la probabilité qu’ils se retrouvent à terme à des postes de direction augmente donc, c’est mathématique, même si le temps du rééquilibrage peut paraître long […] ».

Jean-Louis d’Anglebermes : « […] À l’époque où il n’existait qu’un seul corps de pompiers, à Nouméa, tous étaient Kanak. Le jour où on a réglementé la profession, ils ont disparu, et aujourd’hui ils sont très largement absents. Je comprends la frustration de certains d’entre nous […] ».

Bilans et préconisations

Ouverte au public, la journée était organisée autour d’analyses basées sur les données disponibles, notamment celles issues du dernier recensement de la population effectué par l’Isee en 2014. La matinée a été plus particulièrement consacrée au bilan du rééquilibrage dans la formation, depuis la formation initiale jusqu’aux dispositifs en faveur de la réussite. L’après-midi, les participants ont dressé le bilan du rééquilibrage sur le marché de l’emploi et décliné les différents déterminants de l’accès à l’emploi (catégorie socio-professionnelle de la mère, genre, géographie, 
ethnie…). Les travaux se sont poursuivis par des retours d’expériences présentés par des entreprises, notamment la SLN et KNS (en visio-conférence). Avant une brève synthèse dont on retiendra, entre autres, la pertinence des dispositifs de discrimination positive, la suggestion d’un observatoire de l’égalité et la proposition d’intégrer le rééquilibrage dans les objectifs des établissements et des entreprises.

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