Les premiers résultats fructueux de La Planète Revisitée

Un long travail d’identification permettra de confirmer la découverte de nouvelles espèces, notamment dans la famille des phasmes.
Un long travail d’identification permettra de confirmer la découverte de nouvelles espèces, notamment dans la famille des phasmes.

 

L’expédition La Planète Revisitée en Nouvelle-Calédonie, menée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et Pro Natura International, a débuté en août 2016 par un volet marin. Elle s’est poursuivie en novembre sur les thèmes de l’hydrobiologie et des forêts inaccessibles. Les premiers résultats, très prometteurs, ont été présentés officiellement mercredi 7 décembre, au gouvernement.

 

Jusqu’en 2018, la Nouvelle-Calédonie sera le terrain de jeu d’une multitude de chercheurs et de spécialistes engagés dans la grande aventure de La Planète Revisitée. Cette opération, qui renoue avec la tradition historique des grandes expéditions naturalistes, fête cette année ses dix ans en posant ses microscopes et autres loupes binoculaires sur la formidable biodiversité calédonienne. « Avoir une force de frappe naturaliste de cette envergure est exceptionnel, souligne Philippe Germain. Si le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a décidé de soutenir cette grande expédition à hauteur de 30 millions de francs, c’est qu’elle va permettre d’acquérir de nouvelles connaissances sur la biodiversité terrestre et aquatique pour gérer encore mieux notre environnement et ensuite le valoriser. » Après le Vanuatu, le Mozambique, la Guyane, etc., ce projet scientifique doit en effet permettre de dresser un inventaire de la biodiversité terrestre et aquatique « négligée » de la Nouvelle-Calédonie. Et, peut-être, de découvrir des espèces inconnues. « Il y a plus à découvrir en Nouvelle-Calédonie qu’ailleurs, s’enthousiasme Philippe Bouchet, l’un des chef d’expédition et spécialiste des mollusques. Malgré les nombreuses connaissances déjà disponibles, il y a encore énormément à découvrir et le temps presse, car des espèces disparaissent ici, comme ailleurs dans le monde. »

Les premiers résultats de La Planète Revisitée ont été présentés à la presse en présence du président Germain, des représentants des trois provinces, de Pascale Joannot, déléguée outre-mer au MNHN (ici à droite) et des autres partenaires de l’opération.

Les profondeurs marines

C’est la campagne marine hauturière Kanacono qui a donné le coup d’envoi de la Planète Revisitée en Nouvelle-Calédonie. Elle s’est déroulée du 9 au 30 août autour de l’Île des Pins et sur la ride de Norfolk, avec pour objectif l’exploration des écosystèmes profonds. « Une attention particulière a été portée aux cônes pour lesquels la ride de Norflok constitue un remarquable centre d’endémisme », explique Philippe Bouchet. L’équipe scientifique de six personnes embarquées à bord de l’Alis (navire mis à disposition par l’IRD) a prélevé des espèces entre 100 et 1 000 m de profondeur, à l’aide d’une drague scientifique pour laquelle une autorisation ponctuelle a été accordée par le gouvernement. Ramenés sur l’Île des Pins chaque soir, les échantillons étaient triés par une autre équipe de six personnes avant leur envoi en Métropole pour un long processus d’analyse et d’identification.

 

Les profondeurs marines abritent des mollusques aux formes et aux couleurs surprenantes.
Les profondeurs marines abritent des mollusques aux formes et aux couleurs surprenantes.

 

Les eaux intérieures de la Grande Terre

Le deuxième chapitre de cette grande expédition s’est écrit en novembre avec le module hydrobiologique qui vise à couvrir l’ensemble des habitats aquatiques de la Grande Terre (eaux courantes, sources, eaux souterraines, mares et dolines). Vingt participants ont commencé cette exploration dans la Plaine des Lacs, puis dans les bassins versants et aquifères des deux provinces (régions de Koumac et de Hienghène), à la recherche d’invertébrés et d’organismes unicellulaires (micro-algues et protistes). « L’exploration des eaux souterraines est une grande première en Nouvelle-Calédonie, détaille Philippe Bouchet. Nous avons collecté des animaux de 0,5 à 2 millimètres dans les nappes phréatiques et jusqu’à un mètre sous le lit des rivières. Les résultats montrent la présence d’une grande diversité et un micro-endémisme de certains gastéropodes, parfois à l’échelle d’un seul bassin versant. » En 2017, ce module s’intéressera aux régions de Canala, Houaïlou, Bourail et Poya.

Les scientifiques s’adaptent aux conditions du terrain pour prélever et trier les spécimens. (c) MNHN
Les scientifiques s’adaptent aux conditions du terrain pour prélever et trier les spécimens. (c) MNHN

 

La forêt de la Côte oubliée

Pendant que les uns exploraient les creeks, d’autres se sont déployés à la même période sur la Côte oubliée pour une expédition terrestre. Dix-sept participants ont ainsi prospecté successivement trois sites (Bwa Bwi, Kwakwé et Ouinné) selon un protocole standardisé. « L’objectif est de caractériser les communautés d’insectes afin de comparer leur richesse et leur abondance d’un lieu à l’autre », explique Olivier Pascal, chef d’expédition et botaniste. Des centaines d’espèces ont été collectées, dont probablement 4 nouvelles de coléoptères, 11 de grillons, 2 de phasmes, 3 de fourmis, etc. »
Plusieurs autres groupes biologiques emblématiques de la biodiversité calédonienne (escargots, reptiles, arbres, etc.) ont aussi été échantillonnés. « Plus de 250 arbres ont été collectés et des observations ont été faites sur plus d’une centaine », se réjouit le spécialiste.
La Planète Revisitée se poursuivra en Nouvelle-Calédonie l’année prochaine, entre juin et novembre, avec un module hauturier, une expédition côtière dans le Grand Nord, une exploration des massifs Inédète et Tchingou, ainsi que le dernier volet du module hydrobiologique.

Les enfants aussi

La Planète Revisitée comprend un volet pédagogique mis en œuvre en partenariat avec l’association Symbiose. Ainsi, 53 enfants de l’Île des Pins ont participé à la mission Kanacono et 109 élèves de Yaté et de Koumac ont pris part au module hydrobiologique. Au programme : pêche à pied sur le platier ou dans les creeks, identification et observation au microscope des espèces prélevées, rencontre avec les scientifiques et rédaction de fiches qui devraient devenir un jeu de 7 familles.

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