La Calédonie au cœur de la découverte d’un nouveau continent

Le continent Zealandia, en grande partie immergé entre la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande, est deux fois plus petit que l’Australie.

 

Un groupe de chercheurs, dont un Calédonien du service de la géologie de la Nouvelle-Calédonie (SGNC), a publié une étude dans une prestigieuse revue scientifique américaine. Son sujet : un nouveau continent, baptisé Zealandia, dont la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande sont les seules terres émergées.

 

 « Zealandia est une masse continentale de 4,9 millions de km2. Elle s’est séparée d’un seul bloc du super-continent Gondwana il y a environ 80 millions d’années. Ce continent est resté longtemps inconnu car sa particularité est d’être immergée à 94 %. Ceci s’explique par sa croûte qui est très fine, 25 km en moyenne, par rapport à celles des autres continents qui est de l’ordre de 30 à 40 km », décrit Julien Collot. Géophysicien marin au service de la géologie de la direction de l’Industrie, des mines et de l’énergie (Dimenc), il fait partie des onze auteurs – neuf Néo-Zélandais, une Australienne et un Calédonien – qui ont contribué à l’article récemment publié dans la revue de la Société de géologie américaine, GSA Today.

Apporter la preuve scientifique

La découverte, rapidement reprise par les médias internationaux, est le fruit d’une solide collaboration entre la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande qui a débuté il y dix ans. « La géologie est très similaire dans nos deux pays. Il paraissait évident de travailler ensemble. Nous avons d’abord mutualisé toutes nos données et nous avons créé de véritables liens humains », explique Julien Collot. Des échanges similaires se sont développés en parallèle avec l’Australie. « Entre chercheurs, nous utilisions déjà le terme de Zealandia pour décrire ce continent, mais l’idée était de prouver son existence à la communauté scientifique », explique Julien Collot. Pour cela, l’équipe a patiemment construit son argumentaire en s’appuyant sur les multiples campagnes en mer menées par la Nouvelle-Zélande de son côté, par l’Orstom (ancien nom de l’IRD) dans les années 1970, jusqu’aux plus récentes, au début des années 2000, dans le cadre du programme Zoneco, financé par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. « Ce programme, qui s’est arrêté, a apporté énormément de connaissances. Sans lui, nous n’aurions pas pu publier cette étude, tient à préciser le chercheur. Ensuite, les données géophysiques ont été validées par l’étude de roches, prélevées lors de dragages scientifiques, et qui sont bien de type continental », ajoute-t-il.

Un continent à explorer

Pour la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande, l’existence de Zealandia ouvre d’immenses perspectives de recherche. Par exemple, sur le scénario de création de ces deux îles continentales (voir encadré) ou encore sur leur biodiversité et la présence d’espèces endémiques. Mais le terrain le plus important à découvrir demeure sous-marin avec tout ce qui constitue un continent : des chaînes de montagnes, des bassins, du volcanisme… « Grâce à la portée que notre publication a eu, nous espérons attirer de nouveaux chercheurs dans la région d’autant qu’elle a été très peu étudiée jusqu’à présent. L’effort d’investigation doit être poursuivi pour apporter de nouvelles connaissances », souligne Julien Collot. C’est aussi une formidable occasion de mieux connaître la zone économique calédonienne, qui abrite le Parc naturel de la mer de Corail, et dont seulement un tiers a été exploré. L’Atlantide du Pacifique n’a pas fini de faire parler d’elle…

 

Julien Collot, géophysicien marin, est chercheur au sein de la fonction publique calédonienne.
Le continent Zealandia mesure environ 5 000 km de long sur 1 000 km de large.

Coopération tous azimuts

Collaborations locales d’abord : la cellule marine qui s’est constituée au sein du service de la géologie de la Nouvelle-Calédonie (SGNC) autour de Julien Collot accueille des chercheurs de l’Ifremer, de l’Université de la Nouvelle-Calédonie, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), de l’Adecal-Technopôle…. Coopération régionale ensuite : Calédoniens et Néo-Zélandais travaillent ensemble sur plusieurs projets de recherche. En 2016, le SGNC, l’Ifremer et une équipe de Nouvelle-Zélande ont mené deux campagnes d’un mois chacune pour mieux comprendre la géologie de leurs fonds marins. En août et septembre, les chercheurs embarqueront à nouveau à bord d’un navire américain dans le cadre d’un programme international de forage scientifique. L’objectif de cette campagne est notamment de comprendre l’événement tectonique qui a affecté Zealandia il y a 50 millions d’années et qui a permis de faire sortir des eaux la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande.

À bord de l’Atalante, un navire de l’Ifremer, la campagne Vespa a associé en 2016 des chercheurs néo-zélandais, français et calédoniens.

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