Jacques Iékawé, un exemple et un guide

Beaucoup d’émotion pour Philippe Germain et “Sidone” Iékawé, la veuve du préfet disparu trop tôt.

 

La famille Iékawé et le haut-commissaire Thierry Lataste avaient convié ce mercredi 22 mars les principales personnalités calédoniennes à la commémoration du 25e anniversaire de la disparition du préfet Jacques Ieneic Iékawé. Philippe Germain a salué « un éclaireur, un visionnaire » qui avait compris bien avant l’heure l’intérêt de « faire rayonner la Nouvelle-Calédonie dans son environnement régional ».

 

La cérémonie s’est déroulée au cimetière du 5e-Km devant le caveau familial, en présence de Sidone, sa veuve, de toute la famille Iékawé, et de très nombreuses personnalités, dont le haut-commissaire, les parlementaires et les présidents du Congrès et des trois provinces. Après la cérémonie religieuse, le cortège s’est déplacé au centre Ko We Kara, où une coutume d’accueil a précédé les nombreux hommages officiels au premier Calédonien et Kanak à avoir atteint la haute fonction publique d’État, avant le repas béni par un pasteur.

« Ce grand homme qui nous a malheureusement quittés beaucoup trop tôt, alors qu’il atteignait l’apogée de sa carrière, était un éclaireur, un visionnaire. Il a montré la voie dans de nombreux domaines et aujourd’hui nous marchons encore dans ses pas, a souligné Philippe Germain. Ce que je m’attache à faire aujourd’hui, faire rayonner la Nouvelle-Calédonie dans son environnement régional, Jacques Iékawé l’a impulsé. Il avait compris bien avant tout le monde l’intérêt pour la Nouvelle-Calédonie, pour ses entreprises, d’établir des partenariats, des accords commerciaux avec les pays de la zone ».

Au service de la paix, du dialogue et du respect mutuel

Il y a plus de vingt-cinq ans en effet, Jacques Iékawé emmenait déjà des délégations politiques et d’entrepreneurs à l’étranger, pour des missions de diplomatie économique et la promotion de l’expertise et du savoir-faire calédoniens. C’est également lui qui est à l’initiative du programme ZoNéCo (Zone économique de Nouvelle-Calédonie), associant les services de l’État, du Territoire, des trois provinces et les instituts de recherche, afin de rendre accessibles les informations nécessaires à l’inventaire, la valorisation et la gestion des ressources minérales et vivantes de notre ZEE.

« Il restera pour son pays un précurseur, un exemple et un guide, a assuré de son côté le haut-commissaire Thierry Lataste. Un homme de devoir, d’une haute exigence morale, toujours au service de la paix, du dialogue, de la compréhension et du respect mutuel, qui n’était pas mû par une quelconque ambition personnelle, mais par la volonté de placer ses qualités rares – une intelligence de haute volée, des qualités humaines rayonnantes, un courage de tous les instants, le goût de l’effort, la ténacité – au service de son pays et de son peuple ».

 

Gerbes et bouquets ont abondamment fleuri le tombeau familial du 5e-Km.

 

De très nombreuses personnalités au premier rang desquelles le haut-commissaire ont participé à la cérémonie.

 

Une ascension fulgurante

Né le 10 avril 1946 à Tiga, Jacques Iékawé a fait partie de la première génération de jeunes Kanak à suivre une formation complète dans des établissements publics, jusqu’au Baccalauréat au lycée La Pérouse. Parti poursuivre ses études en Métropole, il obtient un diplôme de l’Institut d’études politiques de Bordeaux en 1970, avant d’être reçu au concours de chef d’administration du cadre d’administration générale de Nouvelle-Calédonie. Sa titularisation en  juin 1973 en fera le premier Kanak à entrer dans ce corps. Son implication au service du pays et son ascension personnelle ne font que débuter. Il est chargé de la mise en place du Fonds d’aide au développement de l’Intérieur et des Îles (Fadil), premier outil financier de rééquilibrage. En 1982, Jacques Iékawé est nommé secrétaire général adjoint de la Nouvelle-Calédonie, par arrêté du secrétaire d’État aux Départements et Territoires d’Outre-mer, Henri Emmanuelli (qui, clin d’œil de l’histoire, est décédé le 20 mars dernier). Tour à tour sous-préfet, par décret du président Mitterrand fin décembre 1984, et secrétaire général de la Nouvelle-Calédonie (1988), il devient préfet délégué pour la coopération régionale et le développement économique auprès du haut-commissaire Bernard Grasset (1990), puis Alain Christnacht (1991). Il promeut alors le rééquilibrage économique (et notamment minier) en faveur des Kanak, le désenclavement des tribus, une meilleure gestion des ressources ainsi qu’une plus forte intégration de la Nouvelle-Calédonie dans son environnement régional. Il se porte ensuite candidat au poste de secrétaire général de la CPS et est élu en octobre 1991 pour un mandat de trois ans. Celui qui s’est prématurément éteint à Auckland à l’âge de 45 ans a donné son nom à plusieurs équipements ou infrastructures calédoniennes dont le Centre administratif Jacques-Iékawé.

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