Pour ne jamais oublier

Durant la cérémonie, Sarah Briggs a interprété les hymnes australien, néo-zélandais et français.

 

Co-organisée par le Consulat général d’Australie et celui de Nouvelle-Zélande, le 102e anniversaire de l’Anzac Day a été célébré ce mardi 25 avril à la Croix de Lorraine. La cérémonie présidée par le haut-commissaire, en présence des autorités civiles et militaires, s’est déroulée au milieu de nombreux élèves. Objectif, cultiver le devoir de mémoire

 

Recueillement et hommage au lever du jour. Il est 6 heures du matin lorsque la cérémonie débute. L’instant où les premiers soldats de l’Anzac (Australian and New Zealand Army Corps) débarquèrent dans la péninsule de Gallipoli le 25 avril 1915, dans l’objectif de briser le blocus de la Russie par l’Empire ottoman, allié de l’Empire austro-hongrois et de l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale. Plus de 60 000 hommes rejoignirent ainsi les forces alliées. La campagne s’annonçait de courte durée. Pourtant l’Anzac se heurta à une résistance farouche des troupes ottomanes et la campagne vira vite au cauchemar. Plus de 11 500 soldats ne rentrèrent jamais chez eux dans le Pacifique.

Un siècle et deux ans plus tard, Justin Fepuleai, consul général de la Nouvelle-Zélande à Nouméa, et Paul Wilson, consul général d’Australie, rendent hommage à leurs ancêtres tombés lors de la terrible bataille des Dardanelles. Le premier lit en français une lettre de Mustafa Kemal Atatürk, président de la Turquie, datée de 1934, le second en lit la version anglaise. « Vous les héros qui avez versé votre sang et donné votre vie, vous êtes enterrés à jamais dans la terre d’un pays ami, vous pouvez reposer en paix […] vos fils, en perdant leur vie sur notre terre, sont devenus nos fils. » Lettre qui donne à réfléchir, à l’heure où se raidissent les relations entre l’Europe et la Turquie d’Erdogan…

Le symbole du coquelicot

L’Anzac Day commémore aussi la bataille de Villers-Bretonneux (Somme), durant laquelle les forces du Commonwealth stoppèrent l’avancée allemande en 1918. L’Anzac était également engagé en France et en Belgique. En témoigne « In Flander’s Fields » (« Dans les champs de Flandre »), un poème écrit par John McCrae, un lieutenant-colonel canadien, récité ce matin dans les deux langues par des collégiens de Baudoux et des lycéens de Dumbéa-sur-Mer. « Au champ d’honneur, les coquelicots sont parsemés de lot en lot auprès des croix… […] À vous jeunes désabusés, à vous de porter l’oriflamme et de garder au fond de l’âme le goût de vivre et de liberté. Acceptez le défi, sinon les coquelicots se faneront au champ d’honneur. »

Symbole de la perte et de l’espérance, le coquelicot poussait en Flandre dans les cimetières et les champs de bataille, malgré la boue et les destructions. Le rouge de la fleur rappelant le sang des hommes tombés au front est devenu le symbole de l’Anzac Day. Il est porté sur le cœur, ou au revers de la veste, comme ce matin par certains officiels et militaires et par de nombreux élèves venus de différents établissements du Grand Nouméa (Frédéric-Surleau, James-Cook, Normandie…). Quelques enfants fleurissent le monument aux morts, puis les officiels y déposent une gerbe. Après une minute de silence, la chanteuse australienne Sarah Briggs entonne successivement Advance Australia Fair, God Defend New Zealand et La Marseillaise. Tous les participants fredonnent, plus ou moins à l’unisson. La Croix de Lorraine se réveille au son des hommages et à la douce lumière de l’aube. Le moment de graver dans les esprits et la mémoire collective l’ode de l’Anzac : « Ils ne vieilliront pas, comme nous qui avons survécu, l’âge ne pèsera pas sur eux, les années ne les condamneront pas. Au coucher du soleil et à l’aurore, nous nous souviendrons d’eux. » « At the going down of the sun, and in the morning, we will remember them. »

Lest we forget. Ne les oublions jamais.

 

De nombreux officiels (haut-commissaire, président du Congrès, représentants du gouvernement et de la province Sud, député, sénateur…) entouraient les deux consuls généraux.

 

Une soixantaine d’enfants ont participé à la cérémonie.

Les élèves de James-Cook, coquelicot au revers de la veste ou sur le cœur.

 

Les jeunes soldats des Fanc. Beaucoup de ceux tombés aux Dardanelles n’étaient pas plus âgés.

 

Un acte fondateur

De février 1915 à janvier 1916, la bataille des Dardanelles constitua une lourde défaite et un carnage, mais elle contribua à forger l’identité nationale de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, jeunes nations qui venaient d’accéder à l’indépendance, respectivement en 1901 et 1907. L’impact fut si énorme que cet épisode tragique est souvent considéré comme l’acte fondateur des deux anciennes colonies britanniques, lesquelles citent volontiers en exemple les valeurs fondamentales de l’Anzac – endurance, sacrifice, camaraderie…

La journée commémorative du 25 avril est célébrée en Australie et en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans d’autres anciens territoires de l’Empire britannique, ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie où le centenaire de l’événement, en 2015, a été organisé en présence du président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone. Cette même année vit la sortie d’un film magnifique, La Promesse d’une vie, réalisé et interprété par l’acteur néo-zélandais Russell Crowe. L’histoire d’un paysan australien se rendant en 1919 en Turquie pour rechercher ses trois fils portés disparus lors de la terrible bataille des Dardanelles.

 

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