Addictions chez les jeunes : le modèle islandais

La rencontre avec le professeur s’est déroulée le 17 janvier au gouvernement avec Valentine Eurisouké, membre du gouvernement chargée de la santé, de la jeunesse et des sports, et Hélène Iékawé, en charge de l’enseignement.

 

Invité en Nouvelle-Calédonie par la Fédération des Industries de Nouvelle-Calédonie (FINC), le professeur Harvey Milkman est venu présenter au gouvernement son modèle de prévention contre les addictions chez les jeunes. Une méthode qui a fait ses preuves en Islande et dans une vingtaine de pays européens.

 

«  La démarche est simple, elle relève du bon sens », débute le professeur. Et l’un de ses piliers, c’est le maintien d’un dialogue permanent entre la recherche, les acteurs de terrain et les décideurs politiques ». Un principe illustré par un croquis de voilier avec en haut du mât, la recherche, à la barre, les politiques, et au réglage des voiles, les acteurs de terrain.

La recherche doit éclairer les décideurs

La première étape de la méthode consiste à administrer des questionnaires aux jeunes collégiens de 10 à 20 ans. Quelle est votre situation familiale ? Quelles sont vos activités de loisirs ? Quelles substances addictives (tabac, alcool, cannabis,..) avez-vous déjà expérimentées ? Mais surtout, quelles activités vous procurent du bien-être ? Les résultats, isolés et analysés communes par communes par les chercheurs, permettent ensuite aux décideurs de bâtir des programmes d’actions « éclairés ». Car « pour construire une politique publique, il faut déjà connaître le terrain », souligne Harvey Milkman.

Reculer l’âge de la première prise

Pour le chercheur, plus tôt la première prise de drogue a lieu, plus le risque de dépendance aux substances psychoactives à l’âge adulte augmente. « Il est quatre fois plus élevé si la première prise a lieu avant l’âge de 15 ans », indique le chercheur. Il faut donc reculer l’âge initial d’une consommation de drogues au maximum, et « agir avant que les problèmes ne se manifestent ». Pour cela, plusieurs leviers peuvent être activés.

Favoriser un environnement bienveillant

Sur l’entourage familial, en premier lieu. Le temps passé avec les parents, par exemple, est directement lié au fait de consommer des substances psychoactives. Aussi, la mise en place d’un couvre-feu en soirée est présentée comme une mesure indispensable pour maintenir les jeunes de moins de 16 ans dans leur foyer, après 22 heures. D’autres facteurs favoriseraient le bien-être de l’enfant : la qualité des relations qu’il a avec son groupe d’amis ou encore son intégration à l’école.

Planer naturellement

Deuxième levier à retenir : les adolescents, surtout vers l’âge de 16 ans, recherchent des sensations fortes. En leur proposant des activités sportives ou créatives adaptées, il est possible de générer dans leur cerveau les mêmes substances chimiques, que des drogues, telle que les endorphines. En Islande, 7 % du budget de la commune de Reykjavik a ainsi été alloué au sport et aux loisirs. Des cartes créditées d’environ 50 000 francs, et permettant un accès à ce type d’activités, ont aussi été distribuées aux familles, pour les moins de 20 ans. Le taux d’inscription dans les associations locales était proche des 95 % : un vrai succès.

Le plan Do kamo sur la voie de « l’expérience islandaise » ?

Valentine Eurisouké, membre du gouvernement en charge de la santé et des sports, a salué la qualité de l’intervention, et a fait le rapprochement avec le Plan de santé Do Kamo du gouvernement, dont la démarche place la santé de l’être humain au cœur des politiques publiques. À l’issue de l’entretien, la membre du gouvernement a invité le professeur à assister à la restitution des travaux du groupe de travail Do Kamo, qui a eu lieu le 18 janvier au Congrès.

L’expérience islandaise de Reykjavik

La première expérience de grande ampleur menée par le Professeur américain Harvey Milkman s’est déroulée en Islande, à Reykjavik au début des années 2000. Elle a permis de faire reculer les addictions des jeunes de façon drastique et de manière durable. Concrètement, une enquête approfondie de type « état zéro » a été menée en 1992 dans tous les établissements scolaires de l’agglomération, cherchant à faire un lien entre les consommations addictives et le bien-être des participants. Sur la base de ces résultats, un programme complet a été mis en place, agissant sur le rôle des parents et la mise à disposition d’activités sportives et culturelles pour les jeunes entre 10 et 20 ans.

Entre 1998 et 2005, la consommation de substances psychoactives a diminué de moitié chez les 15-16 ans. L’âge des premières consommations a reculé de plusieurs années. Le nombre de jeunes déclarant passer du temps tous les jours en famille a doublé, tout comme le nombre de jeunes pratiquant une activité sportives ou culturelles au moins 4 fois par semaine.

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