Pour en finir avec la désinformation

 

Lors d’une conférence de presse le 11 avril, le groupe Les Républicains calédoniens a dénigré la politique économique et fiscale du gouvernement considérant que « tous les voyants sont au rouge ». Mais qu’en est-il exactement ? À partir des données de l’Isee, voici une comparaison entre les indicateurs de 2013, sous l’exécutif Martin/Backès, et ceux de 2017, attribuables au gouvernement de Philippe Germain, afin de constater si la situation s’est aggravée ou améliorée.

 

Toujours selon le groupe Martin/Backès, « nous sommes entraînés dans un cercle vicieux qui nous empêche de desserrer la pression fiscale et nous pousse même à l’augmenter ». Certes, la situation économique n’est pas aussi euphorique qu’elle l’a été entre 2004 et 2011, mais dans un contexte d’atterrissage économique (fin des grands chantiers), de crise du nickel et de référendum, l’économie résiste plutôt bien.

Les indicateurs économiques

  • L’emploi : le groupe Martin/Backès affirme que « l’emploi recule dans le secteur privé » ! En 2013, le marché de l’emploi affichait, selon l’Isee,  une moyenne annuelle de 89 974 salariés. Elle était de 92 156 en 2017, soit en progression de 2 182 emplois. Dans le secteur privé, elle était de 64 924 salariés en 2013 et de 65 482 en 2017, soit une augmentation de 558 emplois. La progression n’est certes pas extraordinaire, mais elle n’est pas négative comme affirmée. Il y a donc plus d’emplois que sous la précédente mandature.
  • L’inflation : selon l’indice des prix à la consommation (hors tabac) de l’Isee, elle a été de 4,7 % entre 2011 et 2013 contre 2,1 % depuis 2014. L’actuel gouvernement fait donc mieux.
  • La confiance : fin 2017, l’indicateur du climat des affaires de l’IEOM atteignait 92,9 (sur une tendance décennale de 100), quand il n’était que de 87,6 fin 2013. La confiance des chefs d’entreprise est donc meilleure.

Conclusion n° 1 : après une année 2016 très difficile marquée par la crise des cours du nickel, l’emploi retrouve son plus haut niveau – celui de 2015 –, l’inflation a été mieux maîtrisée et la confiance des chefs d’entreprise se redresse à un niveau supérieur à celui accordé à l’équipe Martin/Backès.

L’activité économique

Le gouvernement Germain a agi sur trois secteurs en priorité : l’agriculture, le tourisme et les énergies renouvelables.

  • Dans l’agriculture, grâce à la Politique publique agricole provinciale (PPAPS), co-construite avec le gouvernement en 2015, la production* progresse de 1 160 tonnes, soit une hausse de 10 % par rapport à 2013, tandis que le taux de couverture passe de 44 à 47 %. L’emploi progresse, quant à lui, de 5 %.
  • Grâce au Schéma pour la transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie (STENC), adopté en 2016, la production installée d’énergies renouvelables est passée de 118 700 kWh en 2013 à 124 905 kWh, en raison de l’augmentation de 176 % des installations photovoltaïques. L’emploi dans le secteur des énergies a progressé de 8 %.
  • La fréquentation touristique est passée, grâce à la Stratégie de développement touristique des services et des loisirs 2025 et aux contrats de destination, de 107 753 visiteurs en 2013 à 120 697 en 2017, soit une augmentation de 12 %. En hausse de 28 %, le nombre de croisiéristes a augmenté de 107 343 visiteurs pour s’établir à 493 278 passagers. L’emploi salarié dans le secteur hébergement/restauration** a progressé de 6 %, dont 5 % dans l’hôtellerie.

Dans les autres secteurs

  • Entre 2013 et 2017, dans le secteur du nickel, les exportations de minerai ont progressé de 45 % en volume et 46 % en valeur. L’emploi sur mine a augmenté de 13 % (+ 451 emplois). Les exportations de nickel métal ont progressé de 69 % en volume et de 55 % en valeur. L’emploi dans la métallurgie a augmenté de 1 % (+ 76). Au total, le taux de couverture des importations par les exportations a progressé de 38,2 % à 59,6 %, réduisant le déficit de la balance commerciale de 70,45 milliards de francs.
  • En revanche, des pertes d’emploi ont été enregistrées chez les fournisseurs sous-traitants du secteur du nickel, dans les métiers support ou d’appui (- 451) et dans le catering (- 452). Ces pertes sont respectivement liées aux économies de compétitivité et à la fin de la construction des usines.

  • Dans le secteur du bâtiment, la fin des grands chantiers métallurgiques et publics (aéroport et Médipôle) n’a pas pu être compensée ni par la commande publique, ni privée. Entre 2011 et 2013, les ventes de ciment ont diminué de 26 % (42 000 tonnes) et entre 2014 et 2017 de 12,5  (15 000 tonnes). Au total, ce sont 1 769 emplois qui ont été perdus entre 2010 et 2017, 972 avant 2014 et 797 depuis.
  • Avec un maintien des effectifs, le secteur du commerce reste stable.
  • L’emploi dans les services, plus gros secteur d’activité, a progressé de 1 290 salariés, soit une hausse de 4 %.

Conclusion n° 2 : l’activité économique est globalement mieux orientée, notamment grâce aux politiques de soutien à l’économie, même si la fin des grands chantiers impacte encore le bâtiment et que les plans de compétitivité de l’industrie métallurgique pèsent négativement sur la sous-traitance.

 

Les crédits d’investissement (chiffres de 2016, ceux de 2017 étant non disponibles)

  • Les crédits à l’investissement des entreprises ont progressé de 33,8 milliards depuis 2013 (+ 9,5 %).
  • Les crédits à l’investissement des ménages dans l’habitat ont augmenté de 52,8 milliards depuis 2013 (+ 16 %), notamment grâce à la politique de soutien du gouvernement au logement intermédiaire via la réduction d’impôt pour le logement intermédiaire. Selon les banques, l’année 2017 sera celle de tous les records.
  • Les crédits à l’investissement des collectivités, en soutien à l’économie, a progressé de 59,6 milliards (+ 83%), ce qui pèse forcément sur les taux d’endettement.

Conclusion n° 3 : l’investissement des entreprises et des ménages se poursuit, notamment à des niveaux records s’agissant des crédits d’investissement des ménages en faveur du logement. Les entreprises et les ménages empruntent plus pour investir que pendant la précédente mandature malgré la proximité du référendum.

Les recettes et les dépenses publiques

Le groupe Martin/Backès affirme que « les taxes sur l’alcool et sur le tabac ont augmenté, celles sur les produits pétroliers aussi. Il y a la marche à blanc de la TGC. Au total, à rendement constant, l’élargissement de l’assiette fiscale aurait dû permettre une augmentation des recettes de 16 milliards en trois ans. C’est une baisse qui se produit. Le budget primitif était en recul de dix milliards ». Qu’en est-il exactement ?

Le budget de reversement*** qui reçoit l’augmentation de la fiscalité citée est passé de 42,7 à 56,3 milliards en 2017, soit une augmentation de 13,6 milliards en faveur des régimes sociaux. Cette évolution ne comprend évidemment pas l’augmentation des taxes sur l’alcool qui est à valoir sur 2018 et qui n’a pas été budgétée, car votée après l’adoption du budget.

En ce qui concerne le budget de redistribution (provinces, communes, Nouvelle-Calédonie), si l’on isole les recettes exceptionnelles du nickel et la distribution de dividendes de la SLN, les impôts et taxes recouvrés en 2013 s’élevaient à 119 milliards. En 2017, les recettes ont été de 110 milliards. Comptablement, il y a bien un recul de 9 milliards. Mais en réalité, cette baisse s’explique par des choix politiques et non par un recul massif des recettes qui serait lié à la conjoncture économique, comme présenté. D’abord, la Contribution exceptionnelle de solidarité (CES) a été purement supprimée, soit un manque à gagner de 2 milliards. Ensuite, la taxe sur les jeux a été transférée à la Province Sud, soit un autre manque à gagner de 2,9 milliards. Enfin, la baisse des impôts sur les revenus des Calédoniens et les nouvelles déductions fiscales en soutien à l’économie, mesures totalement assumées, expliquent le solde.

Le groupe Martin/Backès recommande ensuite de « diminuer la dépense publique », mais qu’ont-ils fait exactement quand ils étaient au pouvoir entre 2011 et 2013 ?

  • Les dépenses de la Nouvelle-Calédonie : sous l’ancienne mandature, les dépenses de la Nouvelle-Calédonie ont augmenté de 7,7 milliards. Depuis, elles ont été réduites de 11,3 milliards (- 23 %) en passant de 48,5 à 37,1 milliards.
  • Les dépenses du gouvernement : sur la période 2011-2013, les dépenses de fonctionnement du gouvernement ont progressé de 51,6 millions (+ 5,7 %), pour s’établir à 953,5 millions. Entre 2014 et 2017, les dépenses ont été ramenées à 646 millions (- 32 %).

Conclusion n° 4 : le gouvernement Germain a significativement baissé les dépenses de la Nouvelle-Calédonie et les dépenses de fonctionnement du gouvernement quand l’équipe Martin/Backès a fait exploser la dépense publique, ne laissant derrière eux… que des déficits.

Chacun peut maintenant se faire une idée… Il y a ceux qui aboient et ceux qui travaillent !

* Chiffres à la fin 2016, ceux de 2017 n’étant pas encore disponibles.
** Les statistiques sur les activités touristiques ne sont pas disponibles.
*** Budget qui accueille les recettes et dépenses en faveur des établissements publics dont l’Agence sanitaire et social qui reçoit les taxes comportementales et sociales pour financer les régimes sociaux et la prévention.

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