L’axe Indo-Pacifique s’invite au Japon

Avant de se rendre à Palm 8 où il rencontrera l’empereur Akihito, Philippe Germain s’est entretenu avec Kazuhiko Nakamura, n° 2 de l’ambassade du Japon en France.

Philippe Germain a été invité par le Premier ministre japonais Shinzo Abe à participer au 8e Sommet des dirigeants des îles du Pacifique (Palm 8) qui se déroule les 18 et 19 mai à Iwaki City (Fukushima). L’occasion pour la Nouvelle-Calédonie d’affirmer le rôle clé qu’elle entend jouer dans le cadre stratégique d’un “axe Indo-Pacifique libre et ouvert”.

Quelques jours après la visite du président de la République Emmanuel Macron en Australie et en Nouvelle-Calédonie, l’heure est au renforcement de l’influence française dans la région, notamment par l’intermédiaire des PTOM, avec la Nouvelle-Calédonie comme tête de pont de la France, voire de l’Europe. Au Japon, Philippe Germain réaffirmera l’adhésion totale de la Nouvelle-Calédonie à « un axe Indo-Pacifique libre et ouvert » que le Japon a été le premier à prôner, mais surtout le rôle clé qu’elle entend jouer, dans le cadre de cette stratégie commune de développement de la région Pacifique. « À travers notre savoir-faire dans de nombreux domaines – en particulier notre expertise marine – et avec nos entreprises performantes, nous voulons nous positionner comme force de proposition auprès des autres PTOM », affirme le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Une gouvernance partagée

Philippe Germain milite pour une région Pacifique forte, depuis l’Inde jusqu’à l’Australie via le Japon, et qui associe l’Union européenne. « Cela passe par une gouvernance partagée de toutes les grandes nations engagées dans la zone, afin de porter une politique commune de nature à aider les territoires insulaires à conquérir leur souveraineté économique et, donc politique », précise-t-il. Et à résister aux sirènes chinoises, pas forcément philanthropiques. « Il est important pour la stabilité de la région que les petits pays insulaires parviennent à se développer », poursuit Philippe Germain.

Comment ? Par la préservation de la biodiversité, la réappropriation des ressources halieutiques – pêche durable, transformation sur place et exportation –, l’autosuffisance alimentaire, le tourisme responsable à caractère exceptionnel, ou encore le modèle que doit représenter le Parc naturel de la mer de Corail à l’échelle de la région. « Autant d’actions destinées à créer de l’activité économique, de l’emploi, de la valeur ajoutée, et donc à garantir cette stabilité. »

Plus de 20 000 touristes japonais se rendent en Nouvelle-Calédonie chaque année.

Le Parc de la mer de Corail comme modèle

La stratégie Indo-Pacifique s’accompagne impérativement d’une politique de préservation de la biodiversité. La région présente en effet une biodiversité exceptionnelle et un potentiel d’aires marines protégées sans équivalent. Elle abrite la plus grande réserve de pélagiques au monde, alors que la Nouvelle-Calédonie compte à elle seule un tiers des récifs coralliens pristines de la planète. Le Parc naturel de la mer de Corail constitue alors un fabuleux atout ainsi qu’un pôle d’excellence de la recherche et de l’innovation, son mode de développement devant servir de référence dans la région.

 

Bilatérales à Palm 8

Fondé en 1997, le Palm – pour PAcific island Leaders Meeting (Sommet des dirigeants des îles du Pacifique) – a lieu tous les trois ans. La Nouvelle-Calédonie profitera de Palm 8 pour renforcer ses relations bilatérales, notamment avec le Japon, à l’image des plans conjoints de coopération qu’elle a signés avec d’autres pays voisins dans les domaines scientifique, culturel, sanitaire, de la recherche, de l’innovation… ou encore de la jeunesse. Certains de ces sujets seront au cœur de l’entretien entre le Premier ministre Shinzo Abe et le président Philippe Germain. Aujourd’hui, grâce notamment aux exportations de minerai de nickel, de thons et de crevettes, ainsi qu’au tourisme, le Japon est le seul pays avec lequel notre balance commerciale présente un excédent.

Il y a sept ans…

Le Sommet des dirigeants des îles du Pacifique se tient à Iwaki City (préfecture de Fukushima), ville de la côte Pacifique frappée par une triple catastrophe le 11 mars 2011. Ce jour-là, à 14 h 46, un séisme de magnitude 9 était enregistré au large de l’île du Honshu, suivi dix minutes après d’un tsunami qui déferla sur près de 600 km de côtes. Une vague noire de 15 m de hauteur s’abattait alors sur la centrale de Fukushima Daiichi, provoquant un accident nucléaire majeur. Au total, cette tragédie avait fait quelque 18 500 victimes. Sept ans après, une cérémonie sera organisée en leur hommage, à laquelle participeront les dirigeants invités. L’occasion de montrer que, lentement, Iwaki panse ses blessures et redresse la tête.

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