« La surdité mérite un traitement particulier »

 

En charge de la solidarité et du handicap au gouvernement, Christopher Gygès a rencontré les membres de l’Association Pour la Surdité (APS), jeudi 24 mai, à l’école Antoinette Charbonneaux. L’occasion d’observer le travail effectué en classe, auprès d’une élève atteinte de surdité, par l’une des codeuses en langue française parlée complétée (LPC) de cette association, qui bénéficiera prochainement d’un financement du régime handicap.

 

Camille, 8 ans, est atteinte de surdité profonde depuis sa naissance. Un handicap qu’elle a pu surmonter grâce à la volonté conjuguée de ses parents, des membres de l’APS et de l’équipe éducative de l’école qu’elle fréquente. « Camille est accompagnée d’une codeuse depuis la petite section de maternelle », raconte son « heureux papa », comme il aime à se présenter. Cette année, la fillette scolarisée en classe de CE2 bénéficie toujours de cet accompagnement à raison de cinq heures par semaine. À ses côtés, Norine Deschamps, salariée de l’APS en tant que codeuse LPC, l’aide à comprendre les leçons et les consignes de la maîtresse.

« Sans l’APS, nous n’en serions pas là, poursuit le père de Camille. L’association a appris à Camille à communiquer, nous a appris, en tant que parents, à communiquer avec elle et surtout, elle a permis d’assurer la continuité de cet apprentissage à l’école. »

« L’objectif est l’autonomie de l’enfant »

Comme la vingtaine d’enfants calédoniens atteints de surdité qui bénéficient de ce dispositif, les besoins de l’écolière sont réévalués tous les ans, à la rentrée scolaire. « C’est un travail d’équipe auquel participe l’enseignant de l’enfant, ses parents, son codeur, son orthophoniste, etc., explique Norine. Ensemble, on analyse les enjeux des enseignements de l’année scolaire à venir et les difficultés éventuelles, comme par exemple l’acquisition de vocabulaire nouveau, pour définir le nombre d’heures d’accompagnement hebdomadaire de l’enfant. » Cette année, Norine cible en priorité les leçons de sciences et d’anglais. Reste néanmoins plus d’une vingtaine d’heures de classe que la petite fille doit suivre seule. « Et elle s’en sort très bien », affirme son père. « L’objectif de ce travail est l’autonomie de l’enfant, poursuit Norine. Parce qu’elle a appris la LPC très jeune, Camille sait parler et comprend ce qu’on lui dit. »

L’APS financée par le régime handicap

Clé du succès de ce dispositif, la précocité de l’accompagnement de la surdité dès l’annonce du diagnostic, nécessite cependant des moyens importants. « L’APS compte cinq codeurs-signeurs salariés que nous avons fait venir de Métropole, détaille la coordinatrice de l’association, Isabelle Massaux. Les recrutements sont difficiles et les postes, peu pérennes… »

Autant de raisons pour lesquelles « d’ici à la fin de l’année, les codeurs-signeurs de l’APS seront pris en charge par le régime handicap, a annoncé Christopher Gygès. Un projet de loi du pays, validé par le conseil du handicap, sera présenté en collégialité la semaine prochaine. La question de la surdité mérite un traitement particulier. »

Accueillie avec plaisir par la coordinatrice de l’APS, cette « bonne nouvelle » permettra à l’association « de pérenniser les postes, d’assurer le remplacement de deux codeuses qui quitteront la Calédonie fin 2018 et de réfléchir à l’étape suivante : envoyer des Calédoniens en Métropole pour qu’ils se forment à ce métier. »

L’Association Pour la Surdité

L’APS a été créée en 1998, sous l’impulsion de parents d’enfants sourds qui, face à des difficultés pédagogiques, administratives et matérielles, se sont mobilisés pour l’avenir de leurs enfants.

Elle compte cinq personnels salariés :

  • trois codeuses, qui accompagnent une vingtaine d’enfants de tous âges, de la crèche à la terminale ;
  • une interprète en langue des signes, chargée du service d’interface de communication en langue des signes qui facilite la communication entre sourds et entendants lors d’entretiens, de l’examen du code de la route, de rendez-vous médicaux, etc. ;
  • un interprète en langue des signes, chargé des formations.

LSF et LPC

La langue des signes française (LSF) est une langue à part entière, visuelle, constituée de cinq paramètres : positions des doigts et de la main, mouvements, emplacement et expressions du visage. Elle comporte également une syntaxe et une grammaire.

Le langage parlé complété (LPC) est un code manuel autour du visage, complété par la lecture labiale. Le code se compose de configurations de la main pour représenter les consonnes et de cinq emplacements sur le visage pour représenter les voyelles. La combinaison de la position et de la forme de la main constitue l’image visuelle de la syllabe prononcée et permet à l’interlocuteur de différencier les mots identiques sur les lèvres (par exemple, le bain, le pain, la main).  L’enfant acquiert ainsi le sens des mots, comme un enfant entendant, et peut apprendre à lire, à écrire…

Norine Deschamps, codeuse à l’APS depuis 2015

« J’ai découvert la langue des signes à l’université où je suivais une licence de sciences du langage. Ça m’a beaucoup plu, alors après cette licence, j’ai poursuivi dans cette voie jusqu’à l’obtention d’une licence professionnelle. J’aime les langues en général, mais celle-ci est particulière : elle permet de transmettre la langue à un public qui en a un accès moindre.

Un lien fort se crée entre le codeur et l’enfant – j’accompagne Camille depuis la grande section de maternelle -, mais il faut trouver le juste milieu pour le laisser avancer seul vers l’autonomie. Il faut être présent, mais juste ce qu’il faut, pour lui permettre de trouver sa place. »

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