La grève des pompiers menée au profit d’intérêts individuels

Une minorité de sapeurs-pompiers sont en grève depuis le mardi 23 octobre.

 

Le président du gouvernement a souhaité faire le point au 3e jour de la grève des sapeurs-pompiers en rappelant que leurs revendications ont été traitées. Pour le gouvernement, le conflit actuel est désormais mené au profit d’intérêts individuels et pourrait porter atteinte au modèle des sapeurs-pompiers volontaires.

   

« Le gouvernement n’est pas en conflit avec les sapeurs-pompiers qui ont tout son soutien, mais avec quelques leaders qui poursuivent des objectifs personnels de carrière », a tout d’abord insisté Philippe Germain. Pour étayer cette affirmation, le président du gouvernement a tenu à rappeler le rôle de la direction de la Sécurité civile et de la gestion des risques (DSCGR) qui est d’abord une direction administrative de la Nouvelle-Calédonie.

La DSCGR n’est pas un centre de secours et d’incendie

D’un point de vue opérationnel, sa fonction est de coordonner l’organisation des secours et de venir en appui des autres forces d’intervention lors d’événements majeurs (cyclones, mouvements de terrain, accidents industriels majeurs, etc.). La DSCGR, qui compte 39 agents dont 13 sapeurs-pompiers professionnels avec des compétences spécifiques de coordination, prend alors le contrôle des opérations. Lorsque les moyens des communes sont insuffisants sur le terrain, elle peut aussi intervenir avec l’appui de sapeurs-pompiers volontaires, ce qui arrive fréquemment pendant la saison des feux de forêt. « Cette distinction est très importante car la DSCGR n’est pas un centre de secours et d’incendie qui relève de la compétence communale. Elle n’a donc pas vocation à accueillir en son sein une brigade d’intervention de sapeurs-pompiers professionnels », a indiqué le président du gouvernement qui a également précisé que tous les pompiers volontaires étaient formés et qu’ils n’étaient pas forcément des soldats du feu. « Il peut y avoir aussi des médecins, infirmiers, prévisionnistes… L’engagement en tant que sapeur-pompier volontaire permet d’associer le citoyen à la mission de sécurité civile en fonction du temps qu’il peut y consacrer et des compétences qu’il peut apporter. »

La sauvegarde d’un modèle

Pour rappel, le 17 septembre, les sapeurs-pompiers regroupés en intersyndicale (SENSIS, CFE-CGC, Solidarité NC, CSTC-FO, SOENC-FP) ont fait connaître leurs revendications au gouvernement. Elles portaient sur la création d’un statut territorial des sapeurs-pompiers, la mise en place d’une gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC) de la DSCGR en faveur des Calédoniens, l’ouverture de travaux sur la réforme du statut des sapeurs-pompiers et le remplacement progressif des sapeurs-pompiers volontaires par des pompiers professionnels. À l’issue de plus de 13 heures de négociations, un accord a été signé le 19 octobre par deux organisations syndicales représentatives. Il répondait aux trois premières revendications, mais rejetait le dernier point, irrecevable. « La grève qui est actuellement menée se fait au profit de quelques officiers de Nouméa et de Païta qui veulent intégrer la DSCGR en supprimant les postes de plus d’une centaine de pompiers volontaires* pour créer 10  postes de pompiers professionnels », a résumé Philippe Germain. « Remplacer les sapeurs-pompiers volontaires par des professionnels est contraire à l’intérêt du pays. Les communes y sont également opposées », a poursuivi le chef de l’exécutif, courrier de l’association des maires de Nouvelle-Calédonie à l’appui. Outre l’impact budgétaire que la professionnalisation représenterait, il s’agit d’une question de principe pour la sauvegarde d’un modèle qui doit être encouragé et promu.

Philippe Germain s’est exprimé devant la presse le 25 octobre, aux côtés du directeur de la Sécurité civile et de la gestion des risques, Éric Backès.

Les sapeurs-pompiers volontaires en chiffres

80 % des sapeurs-pompiers du territoire sont volontaires. À titre d’exemple, en 2018, la commune de Nouméa compte 68 professionnels et 146 volontaires, la commune de Païta, 10 professionnels et 118 volontaires ou encore le SIVM Nord, 4 professionnels et 29 volontaires.

Les sapeurs-pompiers volontaires sont également le socle du modèle de sécurité civile dans de nombreux pays où ils constituent la grande majorité des forces d’intervention : 86 % aux États Unis, 75 % en Belgique, 80 % en Nouvelle-Zélande, etc.

* dont les vacations représentent en moyenne 45 millions de francs par an.

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