Les collectivités jouent collectif

Signature des conventions-cadres autour de Valentine Eurisouké et Hélène Iékawé.

 

Le gouvernement, la province Sud, les comités provinciaux olympiques et sportifs Sud et Nord, et l’Union sportive de l’enseignement du premier degré ont signé, en ce 13 novembre historique, des conventions lançant le programme « Sport pour tous ». Issu du Plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance (PTSPD) voté par le Congrès le 12 mars 2018, ce dispositif unique et novateur est en grande partie financé par le gouvernement.

 

Les signatures se sont déroulées en présence de plusieurs maires et représentants des provinces Nord, Sud et Îles Loyauté, avec, comme maîtresses de cérémonie, Valentine Eurisouké et Hélène Iékawé. Pour la membre du gouvernement en charge de la santé, de la jeunesse et des sports, « ce projet prévu par le PTSPD et à la croisée de plusieurs plans, est en cohérence avec les orientations du plan stratégique de la pratique sportive en Nouvelle-Calédonie (présenté prochainement au Congrès), celles du plan jeunesse.nc, du plan Do Kamo et du Projet éducatif ». Selon la seconde, en charge de l’enseignement, « ce maillage entre Nouvelle-Calédonie, provinces et communes marque la volonté de l’ensemble des collectivités de s’impliquer pour notre jeunesse, à travers le sport, la santé et la lutte contre l’oisiveté ».

Vingt éducateurs sportifs en 2019

Concrètement, « Sport pour tous » vise à recruter d’ici à la fin de l’année quinze éducateurs sportifs pour huit communes du Nord (Canala, Kouaoua, Koumac, Houaïlou, Kaala-Gomen, Ponérihouen, Poum et Poya) et sept du Sud (Yaté, Île des Pins, Païta, Mont-Dore, Dumbéa, Thio et Bourail). Ils seront vingt en 2019, les communes de Hienghène, Koné, Lifou et Maré devant bientôt rejoindre le dispositif. Une augmentation exponentielle quand on sait par exemple qu’il n’existait qu’un seul véritable éducateur sportif en province Nord (pour 17 communes), à Koumac !

Ces éducateurs sportifs auront pour mission d’encadrer, enseigner et animer des activités physiques et sportives auprès d’un large public, sur les temps périscolaires et extra-scolaires. Ils seront également chargés de sensibiliser les jeunes en difficultés (oisifs, déscolarisés ou présentant des comportements à risques) à la pratique du sport, en organisant, par exemple, des événements sportifs (communaux, intertribaux, etc.).

Trois coordinatrices

Ils seront chapeautés par des coordinateurs, en l’occurrence trois coordinatrices, Christelle Thirion-Lacroix pour le Comité provincial olympique et sportif (CPOS) Nord, Véronique Nicolas auprès du CPOS Sud, et Yolande Verlaguet (directrice de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie) au sein de l’Union sportive de l’enseignement du premier degré (USEP-NC). Les deux premières assureront le suivi et l’évaluation des éducateurs, en lien direct avec le coordinateur territorial de la direction de la Jeunesse et des sports, Bruno Salvai. En outre, elles devront encadrer et structurer les actions de proximité. Celle de l’USEP coordonnera les professeurs des écoles et développera le hors temps scolaire : pauses méridiennes, garderie du soir, mercredis, etc.

Si les 11-16 ans constituent la cible prioritaire de ce nouveau programme, les échanges intergénérationnels seront favorisés par des activités adaptées à tous les âges : marches, sports collectifs, cours de fitness… L’objectif final étant de permettre au plus grand nombre de pratiquer un sport, de sensibiliser le public visé aux valeurs qu’il véhicule, comme le respect, la solidarité ou le dépassement de soi, d’encourager les jeunes dans ce qu’ils ont de meilleur, mais aussi d’entretenir et préserver la santé et la cohésion sociale.

Les coordinatrices des deux comités provinciaux

Suite à un appel à candidatures, Christelle Thirion-Lacroix (à gauche) et Véronique Nicolas ont respectivement été nommées coordinatrices des CPOS Nord et Sud. Ancienne triathlète, la première œuvre dans le sport depuis l’âge de 21 ans. Dans l’enseignement, le management et l’organisation d’événements sportifs. Fonctionnaire de la Nouvelle-Calédonie, elle a travaillé au service des sports de la province Nord, dirigé l’antenne décentralisée du CTOS à Koné. « Jusqu’à aujourd’hui, il y avait surtout des animateurs communaux faisant un peu de tout : sport, culture, loisirs…, et souvent débordés. Dorénavant, ils seront dédiés exclusivement au sport et gérés par nous, et non plus par les communes. »

Ancienne sportive de haut niveau en canoë-kayak ayant participé aux championnats du monde de va’a en 2010 à Nouméa, Véronique a acquis de l’expérience en management au sein de différentes sociétés locales, notamment dans la télécommunication et l’agroalimentaire. Mais elle souhaitait revenir dans son domaine de prédilection. « Ce magnifique projet, une grande première, va contribuer au développement du sport en Nouvelle-Calédonie, tout en luttant efficacement contre la délinquance et l’oisiveté. »

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Témoignages

– Dominique Molé, vice-président de la province Sud : « La particularité de ce dispositif est qu’il représente un bel exemple de travail en partenariat entre toutes les collectivités, le monde sportif et associatif, avec la réunion de tous les efforts et la mutualisation de tous les moyens pour travailler dans le même sens ».

– Jean-Paul Robelin, président du Comité provincial olympique et sportif Sud : « Pour en arriver là, il a fallu ouvrir beaucoup de portes, graisser quelques charnières pour que ça puisse fonctionner. Je salue la manne financière importante, la mise en mouvement très rapide et la création d’un maillon manquant qui sera le relais du mouvement sportif sur le terrain ».

– Yolande Verlaguet, présidente de l’USEP-NC : « Ce projet permet d’aller au-delà du périmètre de l’école, de proposer aux élèves du primaire des activités hors temps scolaire, en phase avec les objectifs visés par le gouvernement dans le cadre du PTSPD, en maillage avec les autres plans ».

– Charles Cali, président du Comité territorial olympique et sportif de Nouvelle-Calédonie (CTOS) : « Pour la première fois, un partenariat aussi étroit est engagé. Je ne peux que m’en féliciter. Les communes accusent un déficit important en matière d’animations sportives. C’est important qu’il puisse aujourd’hui être en partie comblé ».

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– Georges Naturel, maire de Dumbéa : « Une de nos priorités est d’accompagner au mieux notre jeunesse. Mais les contraintes budgétaires ne nous autorisaient pas l’embauche d’éducateurs sportifs. Le nouveau dispositif va aussi permettre aux communes de se mettre en réseau afin de partager leurs expériences et de mener à bien différents projets ».

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– Yasmina Metzdorf, maire de Poya : « À moyen terme, ce n’est pas un, mais deux éducateurs sportifs qu’il faudra ! De nombreuses communes du Nord partagent la même problématique. Il y a des équipements dans beaucoup de tribus et de villages, mais ils ne suffisent pas si les jeunes ne sont pas encadrés ».

Création de deux GPE

Autre première, deux groupements d’employeurs (GPE) vont être créés d’ici au 1er décembre au sein des CPOS Nord et Sud, afin d’assurer la pérennité des personnels. Les GPE sont des structures juridiques basées sur la mutualisation des moyens qui permettent aux entreprises, associations, collectivités, etc. de se regrouper pour employer une main-d’œuvre qu’elles n’auraient pas, seules, la possibilité de recruter. Liés au GPE par un CDI, les salariés effectuent des périodes de travail successives auprès de chacun des adhérents du groupement. En Métropole, il en existe plus de 5 000, et seulement trois en Nouvelle-Calédonie, consécutifs à une loi du pays et une délibération de février 2014. Ces deux GPE sport et loisirs seront les tout premiers dans le domaine du sport. « Ce système fonctionne très bien en Métropole depuis trente ans, témoigne Véronique Nicolas, coordinatrice du CPOS Sud. Avec la création de milliers d’emplois, une montée en compétences des éducateurs, une unité dans l’encadrement du milieu sportif ainsi qu’une réponse aux besoins des collectivités, associations ou clubs qui n’avaient pas les finances pour recruter de manière permanente ». Véronique Nicolas sera la directrice du GPE Sud, et Christelle Thirion-Lacroix celle du GPE Nord, et les quinze éducateurs sportifs leurs premiers salariés. La constitution des deux GPE sera financée par une subvention de 3,6 millions de francs du Conseil national du développement du sport, complétée par un apport de la Nouvelle- Calédonie à hauteur de 2 millions.

265 millions financés par la Nouvelle-Calédonie

Les postes des coordonnateurs seront pris en charge dans leur totalité par la Nouvelle-Calédonie jusqu’en 2022, et financés par les rendements issus de la taxe sur les alcools et les tabacs en faveur du secteur sanitaire et social (TAT3S) qui s’applique à toutes les boissons alcoolisées, fabriquées localement et importées. Pour 2018, ce financement s’élève à 24 millions de francs : 12 millions pour la province Sud, 9 pour la province Nord et 3 pour l’USEP-NC. Les postes des éducateurs sportifs, eux, seront financés jusqu’en 2022 à 50 % par la Nouvelle-Calédonie (via l’Agence sanitaire et sociale et la TAT3S), à 30 % par l’État et à 20 % par les communes et les provinces. Compte tenu des postes qui complèteront le dispositif en 2019, ce programme représente un investissement total de 265 millions de francs jusqu’en 2022 pour la Nouvelle-Calédonie.

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