L’exemple calédonien plébiscité à Bali

Philippe Germain et Didier Poidyaliwane bénéficient d’un soutien de poids : celui de Dona Bertarelli et John Kerry.

 

La Nouvelle-Calédonie a fait le buzz fin octobre à Bali, lors de la 5e conférence « Our Ocean », sommet qui réunit chaque année, depuis 2014, décideurs politiques, scientifiques, ONG, fondations privées… Le modèle de gestion du Parc naturel de la mer de Corail – « faire de la préservation de la biodiversité une nouvelle source de développement durable » – a séduit les participants.

 

Dès le début du sommet, la Nouvelle-Calédonie a été mise à l’honneur en séance plénière, au cours de laquelle elle a présenté les contours de sa politique en matière de gestion du Parc naturel de la mer de Corail. Le président Philippe Germain et Didier Poidyaliwane, membre du gouvernement en charge de l’écologie et du développement durable, ont expliqué que, conformément aux promesses actées lors de Our Ocean 2016, la Nouvelle-Calédonie avait, au mois d’août, classé la totalité des récifs pristines du parc, 7 000 km2 en réserves intégrales et 21 000 km2 en réserves naturelles renforcées (également interdites d’accès).

Philippe Germain a ensuite annoncé que la Nouvelle-Calédonie s’était engagée à œuvrer, dans le cadre du comité de gestion du parc, au classement en 2019 d’un nouvel espace de protection de 200 000 à 400 000 km2, situé au sud-est de la Grande-Terre. Celui-ci comprend la fosse des Nouvelles Hébrides, la ride de Norfolk et celle des Loyauté qui comptent des monts sous-marins d’une richesse exceptionnelle et unique au monde, et pourrait également concerner les îles hautes de Matthew et Hunter (volcaniques) et Walpole (corallienne).

Vers un comité régional de concertation

Par ailleurs, la Nouvelle-Calédonie souhaite initier d’ici à 2020 un comité régional de réflexion et concertation autour du parc, lequel réunirait Australie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Vanuatu et Salomon, autant de voisins partageant la mer de Corail. Pour procéder tous ensemble à une préservation de cet espace maritime et, à terme, mettre en œuvre un outil de financement pérenne pour en garantir la bonne gestion.

Le président Germain a ensuite décliné les objectifs destinés à « faire de la préservation de la biodiversité marine un moteur de croissance pour le Pacifique ». Ils s’articulent autour des quatre piliers désormais bien identifiés : créer un hot spot de la recherche internationale ; construire un pôle d’excellence pour l’innovation (notamment en faveur de l’observation, la surveillance et la sécurisation du parc) ; faire de la Nouvelle-Calédonie un laboratoire de développement d’activités économiques éco-responsables ; enfin implanter un centre régional de préservation et de valorisation de la biodiversité marine.

Un Pôle mer pour mieux protéger

Quatre piliers “chapeautés” par la mise en place d’un « Pôle mer », « car pour protéger, il faut connaître, aime à répéter Philippe Germain. Il faut avoir conscience de la valeur et de la fragilité de ce patrimoine pour adapter les méthodes en matière de préservation et d’usage ». Et d’insister : « Le meilleur moyen de transformer cette biodiversité en richesse économique est de la montrer, autour d’une sorte de muséum naturel de l’océan qui rassemblerait tous les partenaires (cluster maritime, Cresica, acteurs économiques…) et serait notre Silicon Valley des océans ».

Une idée qui fait déjà son chemin et semble séduire John Kerry, ancien secrétaire d’État de l’administration Obama, aujourd’hui ambassadeur du programme Pew Bertarelli Ocean Legacy (héritage des océans). Lors du sommet de Bali, le sénateur américain a organisé avec Dona Bertarelli, coprésidente de la fondation, un dîner de gala en l’honneur de la Nouvelle-Calédonie, en présence de personnalités politiques, scientifiques et autres mécènes. Le repas suivait une rencontre qui a permis d’« envisager un futur partenariat général, et en particulier la promotion du parc à l’international, le soutien à la pêche et au tourisme durable, se réjouit le président du gouvernement. Dona Bertarelli et John Kerry ont également évoqué une conférence internationale à Nouméa, pour partager et promouvoir l’exemple calédonien ».

Le parc, un patrimoine en soi

Boostées par les engagements de la Nouvelle-Calédonie, jugés « crédibles et ambitieux », ces deux journées de travail à Bali auront donc été particulièrement riches. « On sent bien que les projecteurs sont tournés vers nous et que, si nous n’avons pas encore toutes les pièces du puzzle, quelque chose va se passer. Il faut en parallèle établir un réseau avec les ONG pour qu’elles nous aident à porter nos ambitions et à démontrer que le parc est un patrimoine en soi qui va générer des richesses économiques. Je suis convaincu que dans les cinq ou dix prochaines années l’image de notre pays sera totalement associée à un joyau exceptionnel de biodiversité. »

Le commissaire européen Karmenu Vella, en charge entre autres de l’environnement, a affirmé sa volonté d’ouvrir les grands programmes européens à la Nouvelle-Calédonie, notamment en faveur de son action pour la coopération avec les territoires du Pacifique

Adhésion sur mesure à l’ICRI

Son altesse sérénissime le prince Albert II de Monaco, que Philippe Germain avait rencontré en septembre dernier sur le Rocher, a profité de Our Ocean pour inviter la Nouvelle-Calédonie à adhérer à l’ICRI, Initiative internationale pour les récifs coralliens, coprésidée par Monaco, l’Indonésie et l’Australie. Le président du gouvernement a signé (photo) la « déclaration pour la vie des récifs coralliens » de l’ICRI dont les statuts seront modifiés lors de sa prochaine assemblée générale, le 15 décembre en Principauté, afin de permettre l’intégration de territoires et collectivités comme la Nouvelle-Calédonie, seuls les États pouvant jusque-là en devenir membres.

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L’Indonésie à nos côtés

Autres bilatérales, ouvrant des perspectives de partenariat, celles avec les ministres indonésiennes de la Pêche, Susi Pudjiastuti (photo), et des Affaires étrangères, Retno Marsudi. La première a confirmé la volonté de son pays de lutter auprès de la Nouvelle-Calédonie contre la pêche illégale et la prolifération des licences de pêche, lesquelles portent atteinte aux ressources de thon. Après avoir sollicité une seconde rencontre dans l’après-midi, elle a lancé les bases d’une collaboration sur la proposition calédonienne de développer l’aide aux pays et territoires de la région dans l’objectif de favoriser la création de pêcheries locales.

Autres bilatérales, ouvrant des perspectives de partenariat, celles avec les ministres indonésiennes de la Pêche, Susi Pudjiastuti (photo), et des Affaires étrangères, Retno Marsudi. La première a confirmé la volonté de son pays de lutter auprès de la Nou

Dans le réseau GLISPA

Dès l’ouverture de la conférence, le docteur Fanny Douvere, coordinatrice du programme marin au Centre du Patrimoine mondial à Paris, a annoncé que l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) avait décidé de consacrer l’équivalent de 920 millions de FCFP à un programme au profit de quatre pays et territoires dont la Nouvelle-Calédonie, pour la résilience des récifs coralliens inscrits au Patrimoine mondial. Par ailleurs, la Nouvelle-Calédonie, qui a adhéré en mai 2018 au GLISPA (Global Island Partnership, ou Partenariat insulaire mondial) en tant que membre affilié, a officiellement été intronisée à Bali par le président du Palau, en présence de représentants des Seychelles, Marshall, Grenade et Îles vierges britanniques. Le partenariat GLISPA fournit une plate-forme mondiale permettant aux îles de travailler ensemble pour développer des solutions à des problèmes communs. L’adhésion à ce réseau permettra à la Nouvelle-Calédonie d’être plus visible dans les conférences internationales, de valoriser ses richesses et ses solutions innovantes, mais également de renforcer son intégration régionale.

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